« Trump court-circuite le temps réel » – Entretien avec Dork Zabunyan

On le sait : les images sont partout. Elles nous cernent, nous forment et nous informent, et sont autant de prises ou de prismes sur le monde. Trump l’a bien compris, et c’est ce que s’attache à démontrer et démonter Dork Zabunyan, professeur de cinéma à l’université Paris-8, dans son essai stimulant, Fictions de Trump, puissances des images et exercices du pouvoir (Le Point du Jour, 2020).

L’auteur prend l’angle d’attaque des images et s’intéresse à leurs effets de pouvoir ; il déplace ainsi les critiques sur le phénomène Trump pour mieux en saisir la singularité. Affrontant de face les créations audiovisuelles de Trump, s’immergeant dans son univers qui rend poreuse la frontière entre réalité et fiction, Dork Zabunyan offre des outils pour interroger à nouveaux frais l’adhésion à l’image d’un tel dirigeant ou encore la problématique des fake news. Il invite aussi à produire des contre-feux filmiques pour s’armer dans la bataille, cruciale, de l’image et de l’imaginaire. Entretien réalisé par Ysé Sorel. 

LVSL – Contre une certaine critique, in fine improductive, qui se contenterait de dénoncer Donald Trump comme « bouffon », votre livre s’ouvre sur une hypothèse : il faut prendre Trump au sérieux, et notamment en le considérant comme un grand inventeur

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L’opposition espagnole : guérilla sur fond de pandémie

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Affichant plus de 408 décès par million d’habitants, l’Espagne est à ce jour le deuxième pays le plus touché par la pandémie du Covid-19 au monde. Alors même que l’on décriait l’état calamiteux de la santé publique à la suite des politiques néolibérales des administrations précédentes, les annonces du gouvernement de Pedro Sanchez semblaient sonner le glas de l’ère de l’austérité. Engageant entre autres plusieurs millions d’euros de dépenses sociales, il rendait à l’État ses lettres de noblesse. À en croire l’optimisme débordant des premières analyses, le tour était joué : on n’aurait qu’à se laisser bercer par le courant du temps, qui nous conduirait inexorablement vers le triomphe d’une nouvelle hégémonie progressiste. Pourtant, l’opposition n’a pas tardé à se faire entendre pour déjouer ces prophéties. L’extrême droite n’a pas l’intention de déserter le sens commun sans livrer bataille. Par Malena Reali et Laila Trevegny. 

L’Espagne d’après-2008, fief de l’hégémonie néolibérale

En Espagne comme en Europe, les politiques d’austérité dont on tente de réparer les séquelles remontent au moins à 2008. À l’époque, l’ampleur de la crise financière mondiale avait pris tout le monde de court. Les banques avaient

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« Brésil : les démocraties meurent aussi démocratiquement » – par Boaventura de Sousa Santos

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Jair Bolsonaro ©Marcelo Camargo/Agência Brasil

Boaventura de Sousa Santos est professeur de sociologie et directeur du Centre d’études sociales de l’Université de Coimbra (Portugal), professeur émérite de l’Université de Wisconsin-Madison (États-Unis) et de divers établissements universitaires du monde. Il a participé à trois éditions du Forum Social Mondial à Porto Alegre. Article Publié en portugais sur Midianinja, et en espagnol sur Pàgina 12.

Nous nous sommes habitués à penser que les régimes politiques se partagent en deux types principaux : la démocratie et la dictature. Après la chute du mur de Berlin, en 1989, la démocratie (libérale) a fini par être considérée, de manière quasi consensuelle, comme l’unique régime politique légitime. Malgré leur diversité interne, ce sont deux types antagonistes qui ne peuvent pas coexister dans la même société et l’option pour l’un ou l’autre suppose toujours une lutte politique impliquant la rupture avec la légalité existante.

Au cours du siècle dernier, l’idée selon laquelle les démocraties ne s’effondraient que par l’interruption brusque et presque toujours violente de la légalité constitutionnelle, au moyen de coups d’État dirigés par des militaires ou des civils dans le but d’imposer une dictature, a été consolidée. Ce récit était en grande partie vrai. Il ne l’est plus. Des ruptures violentes et des coups d’État sont

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Fake news et manipulation de l’opinion : une loi à côté de la plaque ?

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Impulsé par le président de la République, le projet de loi contre les fausses nouvelles vise à protéger l’opinion publique des tentatives de manipulation lors des périodes électorales, notamment provenant de l’étranger. Mais s’il est vrai que nos démocraties sont aujourd’hui mises à mal par de nouveaux vecteurs d’influence, le texte législatif –inutile, inefficace et potentiellement dangereux– passe complètement à côté des vrais enjeux récemment mis en lumière par l’affaire Facebook-Cambridge Analytica: la collecte massive de données personnelles et le profilage de la population utilisés à des fins politiques. En effet, lorsqu’il s’agit d’influencer les électeurs, les fake news ne sont que la partie émergée de l’iceberg, et l’examen du controversé projet de loi (qui doit reprendre prochainement à l’Assemblée nationale) devrait être l’occasion de recentrer les débats sur les questions de fond soulevées par les révélations du lanceur d’alerte Christopher Wylie.

blankLors de la présentation de ses vœux à la presse, en janvier dernier, Emmanuel Macron a exprimé sa volonté de créer une “loi anti fake news” afin de réguler la circulation des fausses informations en période électorale. Il avait lui-même été directement visé pendant la campagne des

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“Les insoumis, c’est mon plan B” – Entretien avec Raphaël Enthoven

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©Vincent Plagniol pour LVSL

Raphaël Enthoven est enseignant, philosophe et animateur de chronique radio sur Europe 1. Il est notamment très présent sur Twitter. Nous avons voulu l’interroger sur sa critique des abstentionnistes, sur le populisme, et sur ses polémiques récurrentes avec la France insoumise. Cet entretien était aussi l’occasion d’aborder la republication de Bagatelles pour un massacre de Louis-Ferdinand Céline et l’émergence de la question des Fake News.

 

LVSL – En 2015, vous avez qualifié les abstentionnistes de «  fainéants et d’ingrats », « de gagne-petit  » et « de malhonnêtes », qui « brandissent la nullité des politiques opportunément pour justifier leur flemme », d’« irresponsables », d’« enfants gâtés » et de «  snobs » qui ont « une tellement haute opinion de [leur] propre opinion » qu’ils auraient « l’impression de la souiller en la mêlant à la tourbe des autres ». En clair, «  leur comportement ne renseigne pas sur la nullité des élus, mais sur celle des électeurs ». En 2017, vous avez ajouté que l’abstention des électeurs de Jean-Luc Mélenchon cachait une proximité avec les thèses du Front National. L’abstention, à forte composante populaire, n’est-elle pas plutôt le signe d’un dysfonctionnement de notre système démocratique, d’une perte de confiance quasi totale du peuple envers ses représentants ?

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Une “fake news” peut en cacher une autre

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Il y aurait une prolifération de « fake news » sur internet et nous serions en train de basculer petit à petit dans un monde de « post-vérité ». Cette idée semble, en tout cas, avoir fait son chemin dans le débat public et s’impose désormais à certains comme une évidence. Des journalistes aux responsables politiques en passant par les acteurs du net, tout le monde s’est emparé du sujet et martèle la nécessité impérieuse de lutter contre ce fléau. Une série d’initiatives de toutes sortes a d’ailleurs vu le jour pour combattre les « fausses informations ». La question est récemment revenue au centre du débat depuis que certains gouvernements entendent s’en mêler directement comme c’est le cas de notre pays où Emmanuel Macron a annoncé son intention de légiférer sur le sujet.

Un concept flou et fluctuant

« Je parie que vous n’avez pas entendu parler de tout ce qu’a accompli le Président cette semaine à cause de toutes les fake news qui circulent » s’exclame la belle-fille de Donald Trump dans une vidéo publiée sur la page Facebook du chef de l’état américain l’été dernier. C’est désormais une vieille habitude chez Trump

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