Hégémonie néolibérale, conquête du désir et crise de la gauche

© Ronald Reagan Presidential Library

Idéologie dominante, vedette médiatique et provocateur scientifique, le néolibéralisme réussit une prouesse de plus en plus répandue, celle d’exister en fuyant les définitions. Pour autant, il est incontestable qu’il domine aujourd’hui l’espace politique et économique. Le triomphe des idées s’explique également par la disparition des contestations. Pour comprendre la position de celui qui règne, on peut regarder du côté de ceux qui l’ont combattu comme la gauche, plongée en pleine crise idéelle. Théorie économique présentée comme un nouvel horizon indépassable, le libéralisme économique prévaut dans une étendue d’idées mortes. Michelet savait que les sorcières apparaissaient dans les déserts de sens, la gauche a découvert que ses bourreaux naissaient dans ses gouffres idéels.

L’un des traits saillants du débat public contemporain tient dans l’idée que le succès des termes provient de la rareté des définitions. Plus les définitions sont rares ou floues, plus les termes sont promis à de longues carrières politiques et médiatiques. Règne du consensus. Le néolibéralisme, quotidiennement scandé, fait figure d’exemple. Souvenons-nous de l’avertissement initial du père fondateur de la sociologie française, Émile Durkheim : « Les sociologues sont tellement habitués à employer les termes sans les définir […] qu’il leur arrive sans cesse de laisser une même expression

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« Le néolibéralisme est imbibé de catégories darwiniennes » – Entretien avec Barbara Stiegler

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Barbara Stiegler © F. Mantovani, Gallimard

Évoluer dans un monde qui change, s’adapter à un environnement qui est en mutation permanente… d’où viennent ces métaphores biologiques qui imprègnent le discours dominant ? Barbara Stiegler, professeure de philosophie à l’université de Bordeaux-Montaigne, tente de répondre à cette énigme dans son dernier livre publié aux éditions Gallimard, « Il faut s’adapter ». Elle s’intéresse aux controverses qui parcouraient la pensée libérale dans les années 1930, à l’époque où l’on débattait de l’héritage de Darwin dans les sciences sociales. Aux origines du néolibéralisme contemporain, on trouve un penseur dont l’influence a été considérable sur le siècle passé : Walter Lippmann. Entretien réalisé par Wonja Ebobisse et Vincent Ortiz, retranscrit par Hélène Pinet.

LVSL – Votre livre est consacré à l’analyse de deux pensées libérales des années 1930 : celle de John Dewey et celle de Walter Lippmann, qui cherchent à refonder le libéralisme sur de nouvelles bases. La pensée de Dewey est inspirée par un évolutionnisme issu de Darwin, celle de Lippmann d’un évolutionnisme qui doit davantage aux darwinistes sociaux et à Herbert Spencer. Pourriez-vous revenir sur les différences entre ces deux interprétations de la théorie de

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Le néolibéralisme se met à jour : Macron, Rivera et Renzi

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De gauche à droite Pierre Musso, François Cocq, Raphaëlle Martinez, Vincent Dain et Juan Branco.

Vous n’avez pas pu assister à notre Université d’été ? Revisionnez le débat autour des dernières évolutions du néolibéralisme. Nous recevions Vincent Dain (LVSL), Pierre Musso, François Cocq (France insoumise) et Juan Branco.

©Ulysse Guttman-Faure

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