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©Ben Sutherland
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Chez Le Vent se Lève on aime la Coupe d’Afrique des nations ou CAN. Pardon, on adore la CAN. Du coup, quand la compétition reine du football africain a commencé on était tellement excité à l’idée de se farcir un bon vieux Burkina-Cameroun qu’on en a oublié d’écrire un article. Donc depuis samedi, les seize meilleurs nations africaines s’affrontent au Gabon et on a déjà eu le temps de se délecter, de s’endormir et surtout de s’interroger sur un tournoi qui en dit plus qu’il ne pense sur le continent noir. Etat des forces en présence.

La Côte d’Ivoire en favorite

L’édition 2017 s’annonce des plus ouvertes et ce ne sont pas les matchs nuls en pagaille depuis samedi qui vont aider les pronostiqueurs. Tentons tout de même de dégager quelques favoris : la Côte d’Ivoire tout d’abord sera en première ligne pour défendre son titre. Malgré l’absence du leader Yaya Touré, les Eléphants disposent d’une force de frappe offensive considérable, appuyé par un milieu bien en place. Cependant, le nul d’entrée concédé face au Togo lundi soir ne devrait pas rassurer les Ivoiriens. Placés dans un groupe compliqué, le Sénégal aura fort à faire face à l’Algérie. La victoire des Lions de la Teranga face à la Tunisie reste cependant le match référence de ce premier tour et a confirmé leur solidité défensive. Chez les Fennecs en revanche, leur statut d’ex-favori semble confirmé après leur match nul face au Zimbabwe et ce malgré un effectif impressionnant.

N’oublions pas l’Egypte ! Sept ans après leur dernière participation, les Pharaons de Mohammed Sala demeurent les redoutables outsiders d’une compétition qui leur réussit bien (sept titres, un record). Quant aux hôtes gabonais, le match nul en ouverture face à la Guinée-Bissau n’a pas dû rassurer. Mais devant leur public, les Panthères de Pierre-Aymeric Aubameyang auront certainement quelques avantages…

Le ballon et le pouvoir

Car oui, la CAN dispose de certaines traditions dont l’arbitrage maison semble malheureusement faire partie. En attendant les premiers penalties accordés au Gabon, notons que d’autres coutumes de la CAN ont été fidèlement respectées : une équipe a déjà menacé sa fédération de grève pour une sombre histoire de prime (la RDC), les stades ont bien été construits par des entreprises chinoises en échange d’un accès facilité au pétrole gabonais, une grande entreprise européenne – Total – sponsorise l’évènement qui se déroule bien dans une dictature ayant fait réprimer les contestations qui ont suivi la réélection contestée du président Ali Bongo. Si l’on excepte le concert de Booba lors de la cérémonie d’ouverture, le calme règne donc à Libreville. Le football et le business ne seront pas troublés par les exigences démocratiques des Gabonais. Au contraire, la CAN va une nouvelle fois servir de ciment national à un ensemble de régimes aux abois. En effet, la sélection nationale a souvent servie en Afrique à réaliser l’unité autour de jeunes Etats.

Mais pas besoin de lire les journaux pour voir que les rapports de domination Nord-Sud se perpétuent au Gabon. Un simple coup d’œil aux terrains suffit. Alors que le football est le sport le plus populaire du continent, l’immense majorité des joueurs de la CAN évoluent en Europe. En effet, la plupart des pays africains ne disposent pas de championnats professionnels de bon niveau. On assiste alors à une fuite des cerveaux vers l’Europe, comme dans d’autres secteurs de l’économie. Ne parlons même pas de la surreprésentation des joueurs nés ou formés en Europe, l’Afrique ne disposant que de peu de centres de formations de haut niveau.

La CAN, une histoire d’Africains ?

Remarquons également la composition des bancs de touches. Seuls quatre entraîneurs sont africains. Une fois de plus, la CAN va servir de débouché à un certain nombre de « sorciers blancs », entraîneurs européens n’ayant pas réussi à percer sur le vieux continent. Le football est donc le reflet de la division internationale du travail. Au Nord donc le travail intellectuel, celui du donneur d’ordre, au Sud celui du travail physique, receveur d’ordre. En football non plus la décolonisation n’est pas terminée.

Couleurs chatoyantes, jeu enthousiasmant, surnoms rigolos… Profitons bien de la CAN, elle n’a lieu que tous les deux ans. Mais ne prenons pas pour une fatalité les maux qui l’accompagnent. Le football africain ne peut pas progresser dans le cadre actuel de corruption et de déstabilisation. Seul une Afrique souveraine et démocratique en est capable.

Des supporteurs gabonais, ravis de voir leur pays accueillir la CAN après la réélection d'Ali Bongo
Des supporteurs gabonais, ravis de voir leur pays accueillir la CAN après la réélection d’Ali Bongo

Crédit photo :

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