L’Empire allemand vacille mais ne tombe pas

Angela Merkel avant sa rencotnre avec Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle. ©Harald Lenuld-Picq

Si l’enjeu n’était pas l’avenir du continent européen, on pourrait rester indifférent face à la litanie mièvre des éditorialistes qui se sont félicités du « retour du couple franco-allemand » à l’occasion de la distribution des top jobs européens. Pourtant, les rapports ont rarement été aussi tendus entre les deux pays voisins qui s’écharpent sur tout et ne se font de cadeaux sur rien. Un signe de plus que loin d’être uniquement un espace de coopération pacifique, l’Union européenne est aussi un champ où se déploie la domination et la violence entre les États.

Emmanuel Macron serait-il plus lucide que François Hollande ? Il semblerait que ce soit le cas. Fort de sa culture du compromis et du consensus, son prédécesseur croyait fermement à l’idée qu’en faisant des concessions budgétaires et politiques à l’Allemagne, la France et les pays du Sud de l’Europe obtiendraient des avancées progressives en matière de solidarité budgétaire de la zone euro. En d’autres termes, l’apparatchik du PS pensait pouvoir faire payer l’opulent voisin à condition d’infliger la dose d’austérité budgétaire exigée pour être considéré comme un État « vertueux ». C’était mal connaître les voisins d’outre-Rhin, dont la logique n’est pas du tout celle du compromis, mais celle de la

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Les usages modernes de la figure de l’exclusion, le conflit apaisé

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Homme assis dans la rue, en 2018. Domaine public

Le 25 février dernier, déposées par la rosée macronienne matinale, la twittosphère découvrait des photos du président de la République, en habits de ville, accroupi aux côtés du Samu Social, bien décidé à partager bienveillance et humanité avec les victimes de l’exclusion. Au-delà de la simple opération de communication, sur le modèle de celles que l’espace politico-médiatique nous délivre quotidiennement, ces clichés révèlent la logique profonde qui porte, aujourd’hui, la figure de l’exclu, victime d’un conflit apaisé, avec beaucoup de sang mais sans armes, avec un lit d’abattus sans aucun responsable.

Le champ politique est un espace où le langage règne en maître. Il est la voix qui porte les idées, organise les pensées, les traduit autant qu’il les modèle. Plus que ce qu’il dit, il nous intéresse pour ce qu’il nous dit de la politique et de l’état actuel du champ des idées. On sait avec Gérard Noiriel et Lucien Febvre que « faire l’histoire des mots, c’est déjà introduire le doute sur les évidences de tous les jours »[1]. Le social est ce qu’il nous semble être. Il est ce que nous en percevons. Et en ce sens, les discours sont parmi les premiers actes de mise

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Où est Steve ? Un disparu et le silence assourdissant des pouvoirs publics

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Les Champs Elysées © Marion Beauvalet

Steve Caniço a disparu le soir de la Fête de la musique à Nantes. A 4h30, les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser un groupe. Les premiers témoignages évoquaient des tirs de grenades lacrymogènes en direction de la Loire. Il y a plus d’un mois maintenant, les appels pour comprendre se multiplient sans réponse de la part du gouvernement et du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

 

À ce jour, peu de réponses sont apportées par le gouvernement de plus en plus pressé concernant la disparition de Steve. Les initiatives et rassemblements se multiplient : à Nantes, 700 personnes se sont rassemblées le 20 juillet. Sur Twitter, le hashtag #OùEstSteve exhorte Christophe Castaner. La maire de Nantes, Johanna Rolland a adressé un courrier au ministre de l’Intérieur après avoir sollicité le préfet à la fin du mois de juin.

Emmanuel Macron s’est dit « très préoccupé par cette situation » lorsqu’il a été interpellé à Bagnères-de-Bigorre sur une étape du Tour de France. Il a néanmoins ajouté que s’il faut « que l’enquête soit conduite jusqu’à son terme », « il ne faut pas oublier le contexte de violence dans lequel notre pays a vécu » et que « le calme doit revenir

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Traité de libre-échange UE-MERCOSUR : la liberté de tout détruire

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Déforestation et destruction des terres indigènes dans la forêt amazonienne ©Ibima

Plus rien n’arrête la Commission européenne. Depuis la conclusion de l’accord commercial avec le Canada (AECG/CETA) en 2016, elle en a déjà signé un autre avec le Japon (JEFTA) en juillet dernier et vient d’annoncer victorieusement, après deux décennies de négociation, la signature vendredi 28 juin, d’un nouveau traité de libre-échange qui lie l’Union européenne et les pays du MERCOSUR (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay). Une course effrénée qui semble insidieusement occulter les préoccupations écologiques, démocratiques et sanitaires que recèlent ces traités.

 

Le nouvel accord commercial UE-MERCOSUR, aux allures historiques, est jugé comme faisant contrepoids au protectionnisme du président Trump[1]. La Commission européenne est fière d’annoncer qu’il prévoit des baisses de tarifs douaniers de 4 milliards d’euros annuel en faveur de l’UE faisant de lui le « traité le plus important jamais négocié par l’UE ». En effet, les taxes sur ses importations de voitures, pièces détachées, produits chimiques, vins ou encore de spiritueux en direction de l’hémisphère Sud devraient disparaître. Cependant, la création de ce marché intégré de 780 millions de citoyens-consommateurs sud-américains comme européens, a un coût.

En contrepartie, Bruxelles a notamment concédé au marché commun du Sud l’importation massive sur le territoire européen de denrées bovines en

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Ce que le profil Facebook de mon tonton dit des gilets jaunes

Gilets Jaunes

Les gilets jaunes se sont appropriés Facebook pour en faire un outil politique leur permettant de se rassembler et de partager leurs idées. C’est par le biais du réseau social que la pétition de Priscillia Ludosky a pu avoir un tel retentissement et que certaines figures, comme Jacline Mouraud, ont émergé. Mois après mois, les gilets jaunes font de leurs groupes et de leurs pages une vitrine de la grogne sociale. Et le profil Facebook de mon oncle Gérard, gilet jaune convaincu, ne fait pas exception. En une journée, il dépasse très largement le nombre de mes publications Facebook de ces deux dernières années. Tonton partage à tout va des articles, des photos ou des vidéos, mais surtout, il partage son désir profond de changement et de justice.

L’activité Facebook de mon oncle Gérard*, 59 ans, a toujours reflété un certain esprit du Sud-Est : foot, festivités et bons copains. Pilier de comptoir, il aime pousser la chansonnette au bout de la nuit à chaque fête de village et connaît la variété française comme le fond de sa poche. Rien de surprenant si, parmi les vingt-sept publications Facebook de son année 2010, apparaît Je te promets de Johnny Hallyday. Rien

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L’échec du macronisme en France

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©Parlement européen

Le 14 mai 2017, Emmanuel Macron prenait ses fonctions de président de la République française. Deux ans plus tard, nous pouvons réaliser que le nom de Macron sera associé à la répression. Sans doute cet homme a-t-il voulu, veut-il encore s’illustrer autrement, par ses valeurs, par ses talents, par son programme dont il est fier. Mais l’histoire est cruelle et, comme le disait Merleau-Ponty : « Le politique n’est jamais aux yeux d’autrui ce qu’il est à ses propres yeux […]. Acceptant, avec un rôle politique, une chance de gloire, il accepte aussi un risque d’infamie, l’une et l’autre imméritées. » Sans nous arrêter à ce sentiment d’injustice, il est temps pour nous d’analyser, au-delà d’une personne, l’échec du macronisme. Par Jean-Marc Ghitti, philosophe, professeur agrégé et docteur, auteur aux éditions de Minuit et aux éditions du Cerf. Il a écrit récemment un essai : Gilets jaunes, un signe de notre temps (Améditions, janvier 2019).

L’élection n’aura pu suffire à garantir la légitimité d’un homme, sorti par traîtrise de son propre camp, et qui ne pouvait se prévaloir ni d’une carrière politique antérieure, ni d’un ancrage dans l’histoire (aucune expérience à mettre en avant et aucun héritage idéologique

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Macron prêt à laisser la BCE au faucon allemand Jens Weidmann

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Jens Weidmann, Präsident der deutschen Bundesbank, fotografiert in der Zentrale der deutschen Bundesbank in Frankfurt am Main. Foto: ©Deutsche Bundesbank/Frank Rumpenhorst

Emmanuel Macron serait prêt à permettre l’élection du faucon allemand Jens Weidmann à la tête de la Banque centrale européenne, en échange d’une présidence française de la Commission. Une décision inattendue et potentiellement lourde de conséquences sur la politique monétaire européenne. Le candidat allemand aurait aussi la préférence de Jean-Claude Juncker.

Alors que le successeur de Mario Draghi sera désigné en octobre à la tête de la Banque Centrale Européenne, les tractations vont bon train entre États européens. Le choix du futur gouverneur de la BCE, théoriquement indépendant, est pourtant un enjeu de taille.

Jens Weidmann, à nouveau favori ?

Jens Weidmann, directeur de la Bundesbank depuis 2011, ne faisait jusqu’alors plus figure de favori après l’avoir pourtant longtemps été, et ce pour deux raisons : d’une part la préférence de l’Allemagne pour la présidence de la Commission Européenne, et d’autre part la très forte réticence à l’égard de la candidature de Weidmann venant notamment des pays de l’Europe du sud et de la France. Ainsi, selon Bloomberg, l’allemand n’était plus qu’en 5ème position dans la course à la présidence de la prestigieuse institution européenne début février.

Mais des éléments récents pourraient remettre à l’ordre du jour l’hypothèse Weidmann. Tout d’abord,

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Édouard Louis : « Toutes les grandes littératures ont été des littératures de la réalité »

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Copyright : Vincent Plagniol pour LVSL.

À l’occasion de la mise en scène au Théâtre de la Colline de son texte “Qui a tué mon père ?” LVSL a rencontré Édouard Louis. Éminemment politique, son œuvre possède une acuité particulière à l’heure des gilets jaunes. Aussi, cet entretien a été l’occasion de revenir sur le rapport entre les dominants et les dominés, le champ politique et ce que sa littérature comporte d’engagé. Entretien réalisé par Marion Beauvalet et Pierre Migozzi, retranscrit par Tao Cheret.

LVSL – Concernant votre pièce de théâtre, pourquoi avoir fait ce choix du passage de l’écrit au théâtre ? Ce monologue est-il selon vous un format adapté pour exprimer ce que vous aviez voulu dire en écrivant Qui a tué mon père ?

Édouard Louis – J’avais envie d’écrire un texte sur mon père. Il s’agit du point de départ du livre. Il y a quelques années maintenant, j’ai revu mon père, que je n’avais plus revu depuis que j’étais parti du petit village dans le nord de la France, duquel j’avais fui, pour me réinventer comme gay, comme écrivain à Paris. Je suis revenu vers mon père et, quand je l’ai vu, j’ai vu son corps totalement détruit. Mon père était pourtant quelqu’un de

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« Simplifier le Code du travail ne signifie pas le déréglementer ! » – Entretien avec Gilles Auzero

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Gilles Auzero

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, de nombreuses réformes autour du Code du travail ont été lancées ou sont déjà votées. On citera pèle-mêle la loi Pénicaud, qui fait suite à la première loi Travail instaurée par Myriam El-Khomri, la réforme de l’apprentissage, de la formation professionnelle ou encore des allocations chômage, qui s’est soldée par un échec entre les partenaires sociaux fin février. Pour mieux cerner la philosophie générale de ces réformes et comprendre ce que dit véritablement le droit du travail, nous avons interrogé Gilles Auzero, professeur agrégé des universités à l’Université de Bordeaux et co-auteur du précis de Droit du travail aux éditions Dalloz. Entretien réalisé par Valentin Chevallier.

LVSL : Après la loi El Khomri puis la loi Pénicaud, tout devait concourir, grâce à une flexibilité accrue, à ce qu’il y ait une réelle amélioration sur le front du chômage en France. Or, rien ne semble réellement l’attester aujourd’hui. Quelles en sont les raisons profondes d’après vous ?

Gilles Auzero : En vérité, il n’y a pas de lien de cause à effet avéré et scientifiquement démontré entre le droit du travail et la courbe du chômage, contrairement à ce qu’affirment certains économistes. Les réformes

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Emmanuel Macron, le piège du RIP et du tirage au sort

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Lors de son allocution du 26 avril concluant le grand débat national, Emmanuel Macron a annoncé le tirage au sort de 150 citoyens dans le Conseil économique et social (CESE) qui deviendra un Conseil de la participation citoyenne ainsi que le renforcement du droit de pétition local. Le renouvellement des modes de participation citoyens a été imposé dans le débat public par le mouvement des gilets jaunes qui a massivement porté la revendication de l’instauration du Referendum d’initiative citoyenne (RIC). Pourtant, les propositions du président de la République dans ce domaine ne font pas que passer à coté de l’enjeu. Elles vont à contre sens de la philosophie profonde d’une démocratie refondée sur l’expression directe de la souveraineté populaire. Décryptage.

Le référendum local, arme de la décentralisation

L’émergence de la demande pour un Réferendum d’initiative citoyenne a montré au moins deux faits politiques importants : la volonté populaire d’une prise de décision directe, dans la continuité de la logique de la Révolution française et l’intégration d’une conception nationale de la politique comme échelle pertinente de l’expression de la souveraineté populaire.

Au contraire, promouvoir le referendums local illustre la conception girondine du président de la République. Permettre aux citoyens de ne

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