La gauche radicale et l’Union européenne : pourquoi autant d’ambiguïté ?

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Hémicycle du Parlement européen de Strasbourg ©Diliff

La question européenne demeure un point extrêmement sensible dans la plupart des partis politiques français et en particulier au niveau de la gauche radicale. Si ces atermoiements s’expliquent en grande partie par l’ambivalence de l’électorat sur cet enjeu, il n’en demeure pas moins que la gauche radicale – sous les couleurs actuelles de la France insoumise – gagnerait largement à clarifier sa position, dont découle par ailleurs toute la stratégie politique du mouvement.

Depuis les années 1980, la position de la gauche radicale vis-à-vis de l’Union européenne semblait être marquée par une lente évolution vers davantage d’euroscepticisme. Si une position totalement europhile n’a jamais été pleinement assumée, l’espoir semblait longtemps permis de pouvoir réorienter la construction européenne dans un sens plus social. Aussi chimérique que cela puisse paraître à l’heure actuelle, la profession de foi de Robert Hue, candidat pour le parti communiste à la présidentielle de 2002, indiquait vouloir la renégociation du traité de Maastricht avec notamment la transformation du pacte de stabilité, le changement des statuts de la Banque centrale européenne « pour qu’ils soient favorables à la croissance et à l’emploi », ainsi que « l’arrêt de la mise en œuvre des directives ouvrant les services publics à la concurrence ».

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Vers l’union des droites ?

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Si l’on a beaucoup parlé de l’enfoncement du Parti socialiste et de la gauche par Emmanuel Macron et sa République en Marche, il semble que l’on n’a pas encore pris la mesure de l’abattement de la droite et de l’extrême-droite suite à une campagne qu’on leur prédisait victorieuse et qui débouche sur un fiasco, entre le naufrage de la campagne de François Fillon minée par les affaires et un débat de second tour désastreux qui a sérieusement entamé la crédibilité de Marine Le Pen. Bien que Les Républicains soient forts du premier groupe d’opposition à l’Assemblée Nationale et que Marine Le Pen ait pour elle les 10 millions de voix obtenues au second tour de la présidentielle, la crise d’idées et de légitimité qui atteint les forces traditionnelles de l’échiquier politique touche les droites aussi profondément que la gauche. Dos au mur et peinant dorénavant à imposer leurs thématiques dans le débat public, les différentes tendances de la droite se voient dans l’obligation de reconsidérer les rapports qu’elles entretiennent entre elles, menant certains analystes à imaginer un rapprochement en forme de planche de salut au moment où l’orbe macronien menace de les satelliser à leur tour…

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La Lega italienne, laboratoire politique de la droite d’après ?

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L’annonce est tombée : Matteo Salvini, l’enfant terrible de la politique italienne, cousin transalpin de Marine Le Pen et Luigi Di Maio, patron du Mouvement 5 étoiles, viennent de terminer les négociations en vue de la formation d’un gouvernement de coalition en Italie. Qui est donc ce populiste à la barbe négligée et aux accents féroces qui agite tous les gouvernement européens ? Jadis axée sur la dénonciation des Italiens méridionaux, la stratégie de la Lega s’articule désormais autour de l’incarnation d’une droite identitaire et xénophobe, et d’une large union des droites et extrêmes-droites italiennes. Cette stratégie lui a permis de faire passer son parti d’un maigre score de 4% en 2013 à une position de leader d’un bloc alliant droites et extrême-droites. Au sein de ce bloc qui a réuni 37% des voix aux dernières élections, la Lega représente 18%. Fascinée depuis longtemps par l’Italie, l’extrême-droite française pourrait être tentée de s’en inspirer pour imposer à la France un funeste bloc réactionnaire, capable de prendre la tête de l’Etat comme c’est déjà le cas en Autriche et dans toute l’Europe de l’Est. 

C’est fait ! Le gouvernement italien est formé. Giuseppe Conte, un professeur de droit très lisse, en prendra la

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Le Front national ou l’Etat social chauvin

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Dans cet article traduit de l’espagnol (revue CTXT), Guillermo Fernández Vázquez revient sur la mue opérée par plusieurs partis d’extrême-droite européens ces dernières années, à travers les métaphores qui structurent leur discours. Les droites nationalistes, au premier rang desquelles le Front National de Marine Le Pen, ont ainsi adopté une rhétorique axée sur la patrie en tant que communauté de protection face aux incertitudes engendrées par la mondialisation néolibérale. Au point de chasser sur les terres des partis de gauche en revendiquant la sauvegarde de l’Etat-Providence et la défense des services publics. 

 

Droites nationalistes, patrie et “Welfare chauvinism”

 « Dans un monde où les peuples désirent être protégés, le patriotisme n’est pas une politique du passé, mais une politique d’avenir », signalait Marine Le Pen dans un meeting tenu en présence des principaux leaders de l’extrême droite européenne dans la ville allemande de Coblence, en janvier dernier. « Nous vivons l’effondrement d’un monde et l’avènement d’un autre : c’est le retour au monde des Etats-Nations que la mondialisation a tenté de faire disparaître » poursuivait ainsi la leader du Front National devant le regard attentif et l’approbation de ses compagnons du même bord politique tels que Frauke

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“Notre objectif ultime est la prise du pouvoir” – Entretien avec Adrien Quatennens

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Exclusif. Portrait de Adrien Quatennens, depute de la 1e circonscription du Nord, membre du groupe France insoumise. Lille. Le 20 aout 2017. Credit: Sarah ALCALAY/Sipa

Adrien Quatennens est député France Insoumise de la première circonscription du Nord. A seulement 27 ans, il est une des figures montantes du mouvement et s’est notamment illustré par son discours en séance extraordinaire sur la réforme du Code du travail. A l’occasion de notre couverture des universités d’été de la France insoumise, nous avons souhaité l’interroger. Au programme : sa circonscription d’origine, le rôle de l’État, la loi travail et les mobilisations à venir, le FN et la question européenne.

 

LVSL : Vous êtes député de la première circonscription du Nord, située dans l’agglomération lilloise, qui est une circonscription populaire, à l’image du département du Nord hors métropole lilloise. Comment percevez-vous le fait d’être député de cette “France des oubliés”, ravagée à la fois par la désindustrialisation, le chômage, et la poussée du vote Front National ? Est-ce une responsabilité particulière ?

Tout d’abord, en soi, le fait d’être député, et de surcroit jeune député et député de la France Insoumise, est déjà une grande responsabilité, car nous sommes 17 dans cette Assemblée et nous avons été élus avec l’objectif clair d’incarner l’opposition écologique et sociale à Macron et à sa majorité, qui est écrasante dans

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« Macron est un caudillo néolibéral » – Entretien avec Íñigo Errejón

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L’Histoire recommence, avec Íñigo Errejón / © Léo Prévitali pour Le Vent Se Lève

Íñigo Errejón a longtemps été le numéro 2 de Podemos et l’intellectuel de référence du mouvement. Il est le principal artisan de la “stratégie populiste”, inspirée des thèses post-marxistes d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe, qui nourrit aujourd’hui les débats des gauches européennes. Nous avons eu la chance de pouvoir le rencontrer et de réaliser un entretien lors d’un voyage de la rédaction à Madrid. De nombreux thèmes y sont abordés : le populisme comme méthode de construction des identités politiques ; la façon dont Podemos s’est approprié le patriotisme ; la France Insoumise ; le populisme néolibéral d’Emmanuel Macron et la centralité politique de la notion d’ordre.

LVSL – Lorsque l’on parle de populisme en France, on est confronté à plusieurs difficultés. D’abord, malgré l’essor de la France Insoumise, qui a adopté à bien des égards une stratégie populiste au cours de la campagne présidentielle, de nombreux secteurs de la gauche française n’entendent pas se défaire de l’axe gauche/droite. Pourquoi selon vous les métaphores gauche et droite ne sont plus la clé de compréhension du moment politique actuel ?

Íñigo Errejón – Je commencerais par dire que c’est difficile en Espagne aussi. La bataille intellectuelle pour faire comprendre

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Tribune : Le changement, ce n’est pas maintenant

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Raphaëlle Martinez, candidate dans la 5e circonscription du Val de Marne.

Raphaëlle Martinez est candidate pour La France Insoumise dans la 5ème circonscription du Val de Marne. Elle prend ici la parole pour expliquer son choix de vote au second tour.

Le monde que nous voulons pour demain, nous le connaissons. Nous le rêvons, l’imaginons et tentons tant bien que mal de le construire. Un monde avec plus de justice sociale, plus de démocratie, moins d’inégalités de genre, d’orientation sexuelle ou d’origine, un air et des terres moins polluées, plus aucun danger nucléaire ou belliqueux, bref au monde où chacun serait en sécurité, écouté et respecté.

Au vu des candidats présents au second tour, cela va être (encore) plus compliqué que prévu. Les rêveurs s’en sont pris un coup. J’en ai pris un gros moi-même. Mais le moment est venu de se relever. J’ai ainsi décidé de partager avec vous ma réflexion et ma décision pour le 7 mai prochain.

Pour commencer, deux désintox : 

Quel que soit le niveau d’abstention ou de vote blanc, l’élection ne sera pas annulée Le FN n’a pas perdu d’avance

Ainsi, 2

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Marine Le Pen et les “oubliés”

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© Remi Noyon

Tour d’horizon de la dédiabolisation. Après s’être intéressé à sa rhétorique de l’ordre républicain, Guillermo Fernández Vázquez* revient sur un nouvel élément clé de la stratégie de Marine Le Pen : la France des « oubliés », ou comment le Front National réussit par son discours à capter l’indignation et le rejet des élites. Issu de la revue CTXT, traduit de l’espagnol par Laura Chazel, Vincent Dain et Juliette Maccotta.

Lorsque l’on observe aujourd’hui le paysage politique français, on est d’abord frappé par l’impression que tout est chamboulé, décousu, disposé d’une manière étrange et inédite. Pour quelqu’un qui aurait hiberné durant le quinquennat de François Hollande, tout paraîtrait méconnaissable, et ce pour plusieurs raisons.

Premier motif de confusion : il se peut que ni Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste, ni François Fillon, candidat des Républicains, n’accède au second tour de l’élection présidentielle qui se tiendra en mai prochain. Un deuxième tour sans socialistes ni conservateurs constitue une véritable anomalie dans le système politique français. Ne perdez pas de temps à chercher des situations similaires dans l’histoire de la Vème République, vous n’en trouverez pas.

Second motif de confusion : les candidats ayant le

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Front National : le parti anti-système propulsé par les médias

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©Rémi Noyon

Un récent rapport du CSA indique que Marine le Pen a été la seconde personnalité la plus médiatisée après Emmanuel Macron du 20 au 26 février. Cette information n’a pas manqué de surprendre : les médias sont l’une des cibles favorites du Front National. Les journalistes, de leur côté, ne mâchent pas leurs mots sur le Front National et multiplient reportages et analyses extrêmement critiques à son égard. Les relations entre le Front National et les médias seraient-elles plus complexes que ce qu’il n’y paraît ?

Marine le Pen et Florian Philippot : tapis rouge dans dans les médias pour critiquer les médias

Durant les élections présidentielles de 2012, le Front National a été le plus médiatisé de tous les partis politiques après le Parti Socialiste et l’UMP. Selon le rapport annuel du CSA, le Front National a occupé en moyenne 15,6% du temps d’audience des émissions politiques de TF1, Canal+, M6, Direct8 et TMC. C’est moins que le temps d’antenne dont ont bénéficié le Parti Socialiste et l’UMP. Mais c’est beaucoup plus, par exemple, que le temps qui a été accordé à Jean-Luc Mélenchon, alors candidat du Front de

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Houellebecq : “Soumission” du génie à la bêtise

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©Stefán Bianka. Licence : Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license.

On n’a pas encore fini d’entendre parler de Soumission, le dernier livre de Michel Houellebecq, puisque celui-ci se dote d’une édition à petit prix dont la parution est très subtilement programmée pour le 7 janvier prochain…

L’univers houellebecquien et la tentation frontiste

Le septième livre de Houellebecq, Soumission, va fêter son deuxième anniversaire le 8 janvier 2017 et s’offre une édition de poche à la date anniversaire des attentats de Charlie. Un évènement en librairie qui relance donc d’autant plus son actualité à l’approche des présidentielles françaises et ce contexte d’incroyable poussée du Front National.

Dans une France fictive en 2022, où le FN se retrouve au second tour contre Mohammed Ben Abbes du parti de la Fraternité Musulmane (FM), les Français doivent se prononcer entre le fascisme ou un « front républicain élargi », englobant aussi le PS et l’UMP. Notons que le titre — Soumission — est la traduction littérale d’ « Islam », sous-entendue la « soumission [à Dieu] ».

La première partie du roman raconte le quotidien de François, universitaire spécialiste de Joris-Karl Huysmans, maitre-conférencier à la Sorbonne qui, disons-le clairement, s’emmerde dans sa vie. Jusqu’ici, rien d’anormal dans ce livre : un univers

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