Barbara Stiegler : « Refuser d’abandonner les sciences de la vie et de la santé aux experts »

© F. Mantovani

À la suite de son dernier ouvrage Du cap aux grèves paru en août dernier aux éditions Verdier et en écho à son essai de 2019 « Il faut s’adapter », nous nous sommes entretenus avec la philosophe et enseignante à l’université de Bordeaux Barbara Stiegler. Nous y évoquons ses travaux sur le néolibéralisme, la manière dont ils ont été accueillis en pleine crise des Gilets jaunes et leur écho en période de pandémie, prétexte à une offensive sur les libertés individuelles — un thème qu’elle développera dans un ouvrage à paraître le 14 janvier 2021 aux éditions Gallimard, De la démocratie en Pandémie. La philosophe revient également sur son propre engagement militant et porte un regard critique sur les formes traditionnelles de la lutte sociale. Entretien réalisé par Guillemette Magnin et Vincent Ortiz.

Le Vent Se Lève – Au début de votre livre, vous décrivez le mouvement des Gilets jaunes comme une « nouvelle étape dans la compréhension du projet néolibéral ». Plus tard, vous voyez dans le mouvement contre la réforme des retraites l’affirmation d’une « autre vision des rythmes de la vie, du sens de l’évolution et de notre vie sur terre ». Selon vous, dans quelle mesure les manifestants ont-ils eu

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Aides ménagères : les héroïnes oubliées

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Les aides à domicile : un métier aussi indispensable que mal reconnu.

Les aides à domicile, héroïnes oubliées de la lutte contre le Covid-19, ont obtenu une prime exceptionnelle. Cette annonce vient corriger deux injustices. La première est celle de ne pas avoir été prioritaires dans l’accès au matériel de protection réservé principalement aux soignants. La seconde est de n’avoir pas été intégrées aux bénéficiaires de la prime Covid-19 destinée au personnel médical. Pourtant mobilisées pendant la crise, ces femmes, pour l’essentiel, assurent au quotidien un « métier du lien », en prenant soin de nos aînés. Bien que reposant principalement sur des financements publics, les conditions de travail restent difficiles, tant sur le plan physique que moral. Elles souffrent aussi de leur isolement et d’un manque de reconnaissance. Pourtant des mesures structurelles permettraient d’améliorer le travail de ces héroïnes du quotidien.

Il aura fallu attendre un mois pour que les auxiliaires de vie bénéficient elles-aussi de la prime Covid. Comme au cœur de la crise, celles-ci ont été traitées de façon secondaire, ce qui atteste du manque de considération pour ce métier. En témoigne, la sanction à l’encontre de l’inspecteur du travail qui avait alerté sur ce manque de moyens. Pourtant, celles-ci n’ont pas démérité. Elles ont poursuivi leur activité malgré

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Sorry we missed you, la jungle 2.0

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Revolte_des_Canuts_-_Lyon_1834_-_1.jpg
Ken Loach

Sorti le 23 octobre 2019 au cinéma, le nouveau film de Ken Loach, Sorry We Missed You, traite avec réalisme les conséquences de l’uberisation du travail avec pour cadre une famille de Newcastle. Le film réussit ainsi à présenter au public les travers de cette nouvelle économie de plateforme.

Après avoir critiqué l’administration kafkaïenne britannique à l’ère libérale, le cinéaste engagé Ken Loach revient cet automne au cinéma avec son nouveau film Sorry We Missed You où il s’attaque cette fois-ci à l’uberisation du travail. 

Une fenêtre sur la réalité de l’Uberisation

Ce film analyse ainsi à travers une famille du nord de l’Angleterre désindustrialisée ce que la sociologue française Sarah Abdelnour appelle « les nouveaux prolétaires ». D’un côté la mère Abbie, qui travaille comme aide à la personne sans maitriser ses horaires et son espace de travail. De l’autre, son mari Ricky, un ancien ouvrier au chômage à cause des politiques de désindustrialisation et enchainant les petits boulots précaires. Il se décide alors à devenir travailleur de plateforme avec le statut attrayant d’auto-entrepreneur en tant que livreur de colis. 

Dans son style habituel du quasi-documentaire inspiré du Free Cinema, période de renouveau artistique britannique promouvant un cinéma contestataire et réaliste(1),

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La politisation de la jeunesse à la suite du mouvement social

Crédits photos
De gauche à droite Roxane Lundy, Vincent Dain et Taha Bouhafs

Vous avez manqué notre Université d’été ? Retrouvez notre débat sur la politisation de la jeunesse à la suite du mouvement social avec comme invités Roxane Lundy (jeunes génération.s), Vincent Dain (LVSL) et Taha Bouhafs (Jeunes insoumis).

Crédits photos : Ulysse Guttmann-Faure pour LVSL.

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Chez Carrefour, le père Noël est une ordure.

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Une cinquantaine de grévistes filtraient les accès du Carrefour Centre Alma, à Rennes, ce samedi 23 décembre. © Yves Souben

Au moment des dernières courses de Noël, les salariés de Carrefour se sont mis en grève dans toute la France. Entre 5 000 et 10 000 postes devraient être supprimés au sein du groupe, d’après la CGT.

Dernier samedi avant Noël. Dans un ultime rush consumériste, les clients se pressent devant l’entrée du Carrefour du centre Alma, à Rennes. Puis se heurtent au barrage filtrant mis en place par la CGT. « Oui, vous pouvez passer », répètent inlassablement les grévistes, qui montrent du doigt l’étroit passage laissé aux consommateurs. La file de chariots bleus s’entasse pêle-mêle devant l’entrée. Certains s’énervent, essaient de forcer le passage. D’autre félicitent la cinquantaine de salariés en grève qui distribuent leurs tracts.

« On proteste contre l’ouverture le dimanche, contre les suppressions de postes, contre la mise en location-gérance de certains magasins », enchaîne rapidement Benjamin Gouezigoux. Sa chasuble CGT sur le dos, le délégué syndical va d’un groupe de grévistes à un autre, des caissières aux logisticiens.

Le 23 janvier prochain, le groupe Carrefour doit en effet présenter un « Plan de transformation ». Au total, entre 5 000 et 10 000 postes devraient être supprimés d’après la CGT. Soit entre 5 et 10% des

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Le Pen : un programme de guerre sociale

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©Rémi Noyon

43%-des-ouviers-votent-Front-National répètent en boucle les médiacrates interchangeables qui se succèdent sur les plateaux de TV, oubliant le fait qu’aux dernières élections, les ouvriers se sont majoritairement abstenus. Bien que l’on puisse attribuer la répétition ad nauseam de cette formule à une forme de fainéantise intellectuelle qui caractérise les journalistes parfumés, le résultat de la manœuvre est simple : faire du FN le parti des classes populaires et le seul opposant aux partis de l’oligarchie. Voyons ce qu’il en est réellement.

Le FN aux avants-postes pour pilonner les lignes arrières syndicales

Si en matière sociale, Marine le Pen navigue à vue, au gré des sondages et des équilibres de son parti, le Front National a une constante : s’attaquer aux syndicats. Le FN s’infiltre dans chaque brèche ouverte par les gouvernants pour décrier les syndicats et les acquis sociaux. Ce fut déjà le cas en 2010, lorsque Marine Le Pen traitait les manifestants et les grévistes qui luttaient contre le passage à la retraite à 62 ans de “gréviculteurs” et “d’émeutiers”. Le Pen passe son temps à aboyer avec la meute pour présenter les syndicalistes comme des violents “crasseux” qui s’habillent “en pyjama” – selon l’expression utilisée par Marion Maréchal Le Pen – et

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