Le populisme fleurit là où on masque la lutte des classes – Entretien avec Guillaume Roubaud-Quashie

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Guillaume Roubaud Quashie, directeur de la revue Cause Commune

Directeur de la revue Cause Commune, Guillaume Roubaud-Quashie est membre de la direction du PCF. A ce titre, il a dirigé l’organisation de la dernière université d’été du parti, lors de laquelle le populisme est entré au coeur des débats.

Vous êtes directeur de la revue Cause Commune, éditée par le PCF et auparavant intitulée La Revue du projet. Pourquoi ce changement de nom ? S’agit-il, aussi, d’un changement de projet ?

Plus que d’un changement de nom, il s’agit d’un changement de perspective. La Revue du Projet, comme son nom l’indique, portait essentiellement sur la question du projet du Parti communiste. Mais ce dont le Parti communiste a besoin va au-delà : c’est de faire davantage parti, c’est-à-dire, de mettre davantage en coordination les différentes forces, les différences expériences pratiques, théoriques et politiques. Et pour mettre en coordination ce qui reste sans doute la première force militante du pays, cela demande un peu d’organisation. De ce point de vue, la revue a un objectif de convergence. Pourquoi une revue pour le Parti communiste ? Pour offrir aux communistes la possibilité de savoir ce qui se fait, ce qui se travaille, ce qui se cherche. Pour permettre aux communistes de

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Le populisme démocratique à l’épreuve de l’immigration

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Bateau de migrants qui traversent la méditerranée

Ecrit par Mario Rossi et paru initialement le 23 juin 2017 dans la revue italienne Senso Comune. Nous avons décidé de reproduire cet article afin d’offrir à nos lecteurs un point de vue étranger, qui peut être raffraichissant, sur une question qui fait débat. La traduction a été réalisée par Astrée Questiaux.

À l’occasion des dernières élections présidentielles françaises, le mouvement « La France Insoumise » dirigé par Jean-Luc Mélenchon a fait grand bruit, pour avoir brisé, l’un après l’autre, de nombreux tabous de la gauche traditionnelle. L’immigration n’a pas fait exception. Mélenchon a sans cesse affirmé vouloir intervenir sur les causes des phénomènes migratoires : guerres, famines, changements climatiques. Mais ce n’est pas tout : il a également franchi le Rubicon au sujet des frontières. Bien que rappelant le devoir de solidarité à l’égard des demandeurs d’asile, il a toutefois soutenu l’idée que la France ne peut plus se permettre d’accueillir ceux qui arrivent à la recherche d’un travail, qu’on appelle les “migrants économiques”. Cela marque un changement radical, non seulement par rapport au reste de la sphère progressiste – qui en effet n’a pas lésiné sur les attaques à son encontre – mais aussi par rapport à la position

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Nous assistons à l’émergence d’un populisme néolibéral – Entretien avec Jorge Moruno

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:2014.11.17_Emmanuel_Macron_Ministre_de_l_economie_de_lindustrie_et_du_numerique_at_Bercy_for_Global_Entrepreneurship_Week_(7eme_CAE_conference_annuelle_des_entrepreneurs).JPG
Macron © Copyleft

Jorge Moruno, 34 ans, est sociologue du travail. Il est aussi l’ancien responsable à l’argumentation de Podemos et figure parmi les initiateurs du mouvement. Dans son dernier ouvrage, La Fábrica del emprendedor [La Fabrique de l’entrepreneur], Jorge Moruno analyse avec précision la centralité acquise par la figure de l’entrepreneur dans nos sociétés et s’érige contre le “totalitarisme de l’entreprise-monde”. Dans la première partie de cet entretien réalisé à Madrid, nous l’avons interrogé sur cette figure de l’entrepreneur, sur notre rapport au travail, le revenu universel, les ressorts de l’hégémonie du néolibéralisme et l’émergence d’un “populisme néolibéral” dont Emmanuel Macron est l’un des principaux avatars.  

LVSL : Vous êtes l’auteur de La Fábrica del emprendedor [La fabrique de l’entrepreneur]. En quoi la figure de l’entrepreneur est-elle à vos yeux devenue centrale dans nos sociétés ?

La figure de l’entrepreneur acquiert un rôle majeur dans la sphère publique depuis que la crise économique de 2008 a mis en évidence la difficulté d’intégrer socialement la population par le mécanisme du travail salarié. Comme il est désormais plus difficile de garantir un volume de travail suffisant et ininterrompu pour la majorité de la population, on voit apparaître cette injonction à

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La France Insoumise face à son destin

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Jean-Luc Mélenchon lors du meeting du 18 mars place de la République. ©Benjamin Polge

Après un peu plus d’un an d’existence et une histoire déjà riche, La France Insoumise, forte du score de son candidat Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et de la visibilité de son groupe parlementaire, va devoir préciser sa stratégie dans la guerre de position à venir. Les défis auxquels le mouvement va se confronter sont nombreux.

Nous venons de sortir d’un long cycle électoral et, outre La République En Marche, le mouvement La France Insoumise (LFI) s’est imposé comme une nouvelle force incontournable de l’échiquier politique. Alors que quelques mois auparavant il semblait probable que ce soit le FN qui se dote d’une forte présence à l’Assemblée Nationale, la visibilité du groupe de LFI a permis au mouvement de s’installer comme le principal opposant à la politique d’Emmanuel Macron dans l’esprit des Français. Ce résultat est en grande partie le fruit d’une stratégie populiste, telle qu’elle a été théorisée par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, et mise en pratique par Podemos, mais aussi de l’explosion du PS. Ce progrès est considérable puisqu’il permet à l’antilibéralisme progressiste de sortir de la culture de la défaite. Les insoumis ont mené une vraie guerre de mouvement, ont donné

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Venezuela : l’indulgence de la presse française pour la violence d’extrême-droite

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Une voiture de la police scientifique brûle pendant une lutte manifestation anti-Maduro. en février 2014. ©Diariocritico de Venezuela. TOPSHOTS-VENEZUELA-DEMO-VIOLENCE TOPSHOTS. AFP PHOTO / LEO

Au Mexique, la prétendue guerre totale contre les cartels de drogue lancée en 2006 par le président Felipe Calderón et poursuivie par son successeur Enrique Peña Nieto aurait déjà fait entre 70 000 et 100 000 morts et disparus et le bilan macabre continue de s’alourdir. Cependant, la situation au Mexique ne fait pas les gros titres de la presse française ; c’est un autre pays latino-américain traversant une profonde crise économique, sociale et politique, qui retient l’attention des médias de masse : le Venezuela.

Quel est le ressort de cet effet médiatique de miroir grossissant sur les convulsions vénézuéliennes et d’invisibilisation des autres pays latino-américains ? C’est qu’au-delà du parti pris atlantiste de la classe dominante française, le Venezuela est également instrumentalisé à des fins de politique intérieure. Autrement dit, avec le Venezuela, le camp néolibéral fait d’une pierre, deux coups : relayer l’agenda géopolitique de Washington qui n’exclut pas une intervention militaire et donner des uppercuts à la gauche de transformation sociale (FI et PCF), quitte à banaliser l’aile la plus radicale de la droite vénézuélienne qui est aujourd’hui en position de force au sein de la MUD, la large et composite coalition d’opposition au chavisme. Il ne

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Quand le clan Valls déverse sa haine de classe sur les électeurs de Farida Amrani (France Insoumise)

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© Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons. Licence : Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license.

Suite à l’élection contestée de Manuel Valls dans la première circonscription de l’Essonne, l’ancien premier ministre et ses soutiens n’ont eu de cesse de dénoncer dans les médias « la campagne de haine » qu’aurait menée Farida Amrani, la candidate investie par la France Insoumise, à son encontre. A les écouter, les électeurs-type de sa concurrente seraient des délinquants stupides, brutaux, haineux, violents voire antisémites et islamistes. C’est en tout cas le portrait-robot qu’ils dressent, en reprenant les pires préjugés de classe à l’égard des habitants des quartiers populaires. L’accusation de compromission avec “l’Islam politique voire avec les islamistes” ne manque en tout cas pas de sel puisque Manuel Valls, sur ce sujet, est loin de pouvoir montrer patte blanche …

Manuel Valls, apôtre du blairisme, de la troisième voie, du social-libéralisme ou du libéralisme tout court, premier ministre de « gauche » qui déclarait sa flamme au grand patronat dans toutes les langues et sous tous les toits de Paris, Londres ou Berlin, est l’homme qu’on ne présente plus mais qui continue à se présenter. Candidat malheureux aux primaires du PS, rallié à Macron dès le premier tour, il cherche à obtenir l’investiture LREM

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La guerre des gauches aura bien lieu – Entretien avec Kevin Victoire

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Ancien journaliste de L’Humanité et co-fondateur de la revue socialiste et décroissante Le Comptoir, Kevin Boucaud-Victoire collabore aujourd’hui à Slate.fr, Vice et Polony TV. Il vient de publier aux éditions du Cerf La guerre des gauches qui retrace 200 ans d’affrontements à gauche.

Dans votre ouvrage, vous revenez sur la multiplication des lignes de clivage à gauche, qui brouillent notamment la pertinence du clivage gauche-droite : éducation, laïcité, école, etc. Ne pensez-vous pas que ceux-ci ont été en partie effacés par l’élection présidentielle et que, dès lors, ils relèvent plus du petit cercle des militants et des catégories de la population les plus politisées que du peuple au sens large ?

Le peuple n’est ni de gauche, ni de droite, alors que mon livre s’intéresse aux militants de gauche au sens large – pas forcément membres d’un partis et d’un mouvement –, catégories forcément plus politisées que la moyenne. Mais reprenons dans l’ordre. J’identifie donc quatre grands sujets qui divisent la gauche : libéralisme économique, souveraineté, école et laïcité. Si les citoyens en général ne perçoivent pas les choses de manière idéologique comme les militants, ils s’intéressent aussi à leur manière à ces sujets. Tout le monde

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“Extrême gauche” : de quoi parlez-vous ?

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©patrick janicek. Licence : Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0)

[Edito] Si Valls c’est déjà un peu la gauche, que Benoît Hamon c’est un peu trop la gauche et qu’avec Mélenchon, on frise le communisme de guerre, comment qualifier les projets de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud ? En analysant la trahison de la social-démocratie convertie en droite de moins en moins complexée, on peut remettre en perspective les étiquettes médiatiques et rechercher où l’on trouve de la radicalité à gauche.

La désunion de la gauche et les fortes oppositions entre ses différentes tendances nous amènent naturellement à analyser leurs divergences, à qualifier ces courants pour permettre aux électeurs de se décider, et donc à les étiqueter. Mais où retrouve-t-on de la radicalité dans les offres politiques à gauche ?

La gauche a vu sa tendance la plus libérale gouverner de 2012 à 2017 en menant une politique très proche de celle de la droite sur de nombreux points – Loi Macron et El Khomri, état d’urgence, CICE – allant jusqu’à l’indécence du débat sur la déchéance de nationalité. Ce social-libéralisme, qui se revendique lui-même comme appartenant à la grande famille de la gauche, a creusé le fossé avec la gauche de transformation sociale qui s’est sentie trahie

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Veillée d’armes au Royaume-Uni : Entretien avec Olivier Tonneau

https://blogs.mediapart.fr/olivier-tonneau
Olivier Tonneau, candidat LFI de la 3ème circonscription FAE

Le 19 avril 2017, Theresa May, Première Ministre conservatrice du Royaume-Uni a convoqué une élection anticipée du Parlement britannique pour le 8 juin dans l’espoir de profiter des faiblesses du Labour pour renforcer sa majorité post-Brexit. Cependant, d’après les derniers sondages, Jeremy Corbyn, le leader du Labour, aurait réussi à réduire son écart avec les conservateurs de 19 à 3% en moins d’un mois. Alors que la situation britannique est incertaine, LVSL a rencontré Olivier Tonneau, maître de conférence à l’université de Cambrige et candidat de La France Insoumise dans la 3ème circonscription (Europe du Nord) des Français Etablis Hors de France. Dans cet entretien, il revient sur la situation politique britannique depuis le Brexit et donne son analyse de la campagne électorale en cours.

 

LVSL : Pour commencer, Olivier Tonneau, que pensez-vous du bilan de Theresa May et de sa gestion du Brexit depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2016 ?   

Olivier Tonneau : C’est chaotique. J’ai l’impression que personne ne comprend vraiment ce qui se passe autour du Brexit, à commencer par les gouvernants eux-mêmes qui se trouvent plongés dans l’écheveau des négociations européennes sans savoir ni où elles commencent ni où elles s’arrêtent.

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Comment le système médiatique a poussé les électeurs à choisir entre la peste et le choléra

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Les urnes ont tranché. Ce sera la France en marche contre la France bleu marine. Si l’on excepte les soupçons anecdotiques de fraude qui pèsent ici et là, c’est tout à fait démocratiquement qu’ont été sélectionnés les deux finalistes. Dans un pays où les citoyens passent en moyenne quatre heures par jour devant leur télévision, il n’est cependant pas interdit de s’interroger sur le rôle qu’a joué le système médiatique dans l’issue du scrutin. 

Le cas Macron

Les grands médias se sont plus à dépeindre l’arrivée d’Emmanuel Macron au second tour comme une victoire arrachéeblank de haute lutte. Parti de rien, le mouvement initié par l’ex-ministre serait arrivé en première position le 21 avril à l’issue d’une “incroyable campagne”, soutenu par une population enthousiaste en quête de renouveau, désireuse d’entreprendre sans être entravée par ce maudit Code du Travail et de fonder des “start-up” à n’en plus finir.

Le soutien massif des grands patrons de presse à la campagne de Macron, bien entendu, n’est pour rien dans son succès.

Le fait

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