Laurent Joly : “Le moteur de la politique de Vichy était bien la collaboration”

©JF PAGA

Une offensive mémorielle a eu lieu ces derniers mois à propos de la mémoire du régime de Vichy et de la nature de la collaboration. Eric Zemmour, en particulier, a cherché à faire passer Pétain pour un protecteur des Français et des Juifs, dans un contexte extrêmement difficile. Qu’en est-il réellement ? Entretien avec l’historien Laurent Joly.

LVSL – On s’étonne presque que la question de la mémoire de Pétain ait ressurgi, mais une série de polémiques, liées à Éric Zemmour et à Emmanuel Macron, ont remis la question sur le tapis. Comment expliquez-vous que la question se pose encore aujourd’hui ?

Cela fait exactement quarante ans que la mémoire de Pétain, mêlant souvenir de la déportation des juifs et commémoration du « vainqueur de Verdun », pose problème aux présidents de la République. C’est le cas depuis 1978 et l’affaire Darquier de Pellepoix (entretien scandaleux de l’ancien commissaire général aux Questions juives au journal L’Express : « À Auschwitz, on a gazé que des poux »). Il était difficile, dans ces conditions, de célébrer le maréchal Pétain le 11 novembre 1978, pour le soixantième anniversaire de la victoire. Le président Giscard d’Estaing s’était fendu d’un discours évoquant les démons du racisme tandis qu’une cérémonie à la

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“Le devoir de l’historien n’est pas de juger, mais de comprendre et d’expliquer” – Entretien avec Gérard Noiriel

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© Agone

Gérard Noiriel est historien du monde ouvrier et pionnier de l’histoire de l’immigration. À l’origine du Comité de vigilance contre les usages publics de l’histoire, il est également l’auteur d’une Histoire populaire de la France, parue en septembre dernier chez Agone. Dans cet entretien, il revient sur son parcours personnel de chercheur, et plus largement sur sa conception du métier d’historien, conscient à la fois de son rôle dans la société, et de la nécessité de maintenir l’autonomie du champ scientifique. Entretien réalisé par Leo Rosell, retranscription par Marie-France Arnal.

LVSL – Vous avez publié en septembre dernier une Histoire populaire de la France, domaine en plein essor quelques années seulement après celle de Michelle Zancarini-Fournel et le mouvement initié par Howard Zinn aux Etats-Unis, ou E. P. Thompson en Angleterre. Quelle a été votre démarche en abordant ce sujet, vos objectifs principaux, et les enjeux de cette histoire ?

Gérard Noiriel – Je pense que nous sommes dans un contexte où la nécessité se fait sentir, y compris chez un certain nombre d’historiens, de revenir au populaire, alors que dans les décennies antérieures, il y avait eu un désintérêt pour cette question. Si je prends mon cas, j’ai commencé par travailler

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La Lega italienne, laboratoire politique de la droite d’après ?

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L’annonce est tombée : Matteo Salvini, l’enfant terrible de la politique italienne, cousin transalpin de Marine Le Pen et Luigi Di Maio, patron du Mouvement 5 étoiles, viennent de terminer les négociations en vue de la formation d’un gouvernement de coalition en Italie. Qui est donc ce populiste à la barbe négligée et aux accents féroces qui agite tous les gouvernement européens ? Jadis axée sur la dénonciation des Italiens méridionaux, la stratégie de la Lega s’articule désormais autour de l’incarnation d’une droite identitaire et xénophobe, et d’une large union des droites et extrêmes-droites italiennes. Cette stratégie lui a permis de faire passer son parti d’un maigre score de 4% en 2013 à une position de leader d’un bloc alliant droites et extrême-droites. Au sein de ce bloc qui a réuni 37% des voix aux dernières élections, la Lega représente 18%. Fascinée depuis longtemps par l’Italie, l’extrême-droite française pourrait être tentée de s’en inspirer pour imposer à la France un funeste bloc réactionnaire, capable de prendre la tête de l’Etat comme c’est déjà le cas en Autriche et dans toute l’Europe de l’Est. 

C’est fait ! Le gouvernement italien est formé. Giuseppe Conte, un professeur de droit très lisse, en prendra la

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