Hadrien Mathoux : « Tout mouvement politique ambitieux se doit d’élargir son socle »

© Elsa Margueritat

À l’occasion de la sortie de son ouvrage Mélenchon : la chute – Comment la France insoumise s’est effondrée aux éditions du Rocher, nous avons souhaité interroger Hadrien Mathoux, journaliste politique en charge du suivi de la gauche et de la France insoumise pour Marianne sur la trajectoire et les ressorts des difficultés auxquelles la France insoumise n’échappe pas, à la fois sur le plan stratégique mais surtout sur le plan politique. Pour le journaliste, en dépit du caractère hors norme de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon dans le paysage politique français, la France insoumise, avant tout fondée comme locomotive pour la présidentielle, est traversée par trop de contradictions pour espérer rééditer, selon lui, le succès enregistré en 2017. Propos recueillis par Valentin Chevallier et Léo Rosell.

LVSL – Quelles ont été vos motivations pour écrire un ouvrage dédié au fonctionnement de la France insoumise ? 

Hadrien Mathoux – Elles étaient nombreuses. Lorsque je me suis mis au travail, au printemps 2018, une seule année nous séparait de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, passionnante par ses innovations de forme et de fond, mais également fructueuse électoralement. Grâce à son excellent résultat électoral, mais aussi en raison des premières orientations du quinquennat Macron, il était

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Arnaud Montebourg : « Lorsque mon pays s’écroule, je cherche les moyens de le relever »

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Arnaud Montebourg © Killian Martinetti pour LVSL

Pour la deuxième fois, nous nous sommes entretenus avec Arnaud Montebourg dans les locaux des Équipes du Made in France, avenue de l’Opéra. Depuis notre première rencontre il y a deux ans, l’ancien ministre du Redressement productif puis de l’Économie a continué de faire vivre son entreprise Bleu Blanc Ruche, s’est lancé dans la production de glaces biologiques et d’amandes françaises et a aussi créé une entreprise pour réduire l’empreinte carbone de l’économie française. Il a récemment publié L’Engagement chez Grasset, ouvrage dans lequel il relate son expérience de ministre de 2012 à 2014. À l’heure où les thèmes qu’il affectionne reviennent en force dans l’espace public, nous l’avons interrogé sur l’état de l’industrie, sa relation à l’écologie, la place de la France dans le monde, le futur de l’Union européenne ou encore l’importance de l’innovation et de la recherche. Cette rencontre a également été l’occasion de discuter avec lui de son potentiel retour en politique et de son engagement futur. Entretien réalisé par Clément Carron. Photographe : Killian Martinetti.

LVSL – Pourquoi avez-vous écrit L’Engagement ? Est-ce un moyen de replacer vos thèmes (protectionnisme, démondialisation, etc.) au cœur du débat public, de dresser le bilan de votre passage à Bercy ou

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Alexandria Ocasio-Cortez : une stratégie de communication féministe

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Alexandria_Ocasio-Cortez_@_SXSW_2019_(46438135835).jpg
Alexandria Ocasio-Cortez © Ståle Grut

Alexandria Ocasio-Cortez, l’étoile montante du Parti démocrate aux États-Unis, s’est démarquée une fois de plus par sa réponse cinglante à un sénateur Républicain l’ayant insultée sur les marches du Capitole à Washington D.C. en juillet dernier. Son dernier coup de communication, une vidéo réalisée pour Vogue US où elle évoque maquillage, politique et acceptation de soi, démontre bien l’intelligence politique de l’élue pour s’adresser à un électorat jeune, mais pas moins engagé.

Alexandria Ocasio-Cortez n’est pas une femme politique comme les autres. Cette activiste américaine d’origine portoricaine née le 13 octobre 1989 dans le Bronx, à New-York City, est représentante du 14e district de New-York à la Chambre des représentants des États-Unis. À seulement 29 ans, elle devient ainsi la plus jeune candidate jamais élue au Congrès américain. Elle remporte les primaires démocrates en 2020, se faisant ainsi réélire avec plus de 73% des votes. Ex-collaboratrice de Bernie Sanders, qu’elle a soutenu pour les primaires présidentielles du Parti démocrate de 2020, elle se revendique du socialisme démocratique et est membre des socialistes démocrates d’Amérique, une organisation politique fortement marquée à gauche.

Entre storytelling et engagement

Son authenticité, son intelligence politique et sa proximité avec les classes moyennes (« working people ») lui

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François Ruffin : « 2022 ne sera pas la fin de l’Histoire »

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François Ruffin.

François Ruffin vient de publier Leur folie, nos vies : la bataille de l’après, aux éditions Les Liens qui Libèrent. Véritable traversée du confinement, cet ouvrage comporte de nombreux témoignages et réflexions sur notre modèle de civilisation. Nous avons rencontré François Ruffin et voulu l’interroger sur les conclusions qu’il en tirait à l’heure où la France se déconfine. Entretien réalisé par Lenny Benbara, retranscrit par Danielle Meyniel et Clara Dadole.

LVSL – Votre livre porte un regard plutôt positif sur le confinement, comme moment de réinvention, d’ouverture des possibles et de transformation du débat public en faveur des liens, du protectionnisme, du retour de l’État, etc. A posteriori, êtes-vous toujours aussi positif sur les conséquences de ce confinement ?

François Ruffin Au moment où tout s’est arrêté et que l’on nous a dit « restez chez vous », j’ai ressenti comme un soulagement. On sortait de la bataille sur les retraites à l’Assemblée nationale. En définitive, quand on te dit « tu es obligé de rester chez toi et tu cesses de serrer des mains toute la journée », c’est un soulagement. Dans mon précédent livre, j’en appelais au hamster qui doit sortir de sa roue : c’est comme si à ce moment-là on nous avait dit

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Manolis Glézos, ce « bel enfant souriant au rêve du monde »

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Manolis Glezos s’exprimant sur la place Omonia à Athènes lors d’un rassemblement électoral du parti Unité populaire ©DTRocks

« Bien sûr, Joliot, tu auras su pour Manolis Glézos -ah, comment te dire, Joliot, quand il passait dans les ruelles de Plaka les mains dans les poches, bel enfant souriant au rêve du monde, du haut de la cordillère du malheur quand il escaladait les rochers de l’Acropole serrant dans ses deux jeunes poings la colère de tous les peuples et leur espoir quand sous les naseaux écartés des mitraillettes affamées il brisait de ses deux poings la croix gammée il brisait de ses deux poings les dents de la mort – Et voilà que, depuis plusieurs années maintenant, Joliot, Manolis Glézos regarde le soleil derrière les barreaux et toujours, de ses deux mains, entaillées par les menottes il essuie les yeux en larmes du monde il essuie le front en sueur de la liberté et la paix. (….) »

Yannis Ritsos, Lettre à Joliot Curie

À 97 ans, lundi 30 mars 2020, le « bel enfant souriant au rêve du monde » s’en est allé. Infatigable malgré les années et les épreuves, Manolis Glézos, homme politique et écrivain grec, incarne la figure du résistant engagé dans les combats de son époque, pour l’indépendance nationale, la démocratie directe, la liberté et

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« Si on nationalise, ne faut-il pas aller vers la démocratie économique ? » – Entretien avec François Morin

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François Mitterrand en meeting à Strasbourg en 1981 © Philippe Roos

Face à la crise économique qui vient, même l’actuel gouvernement français envisage la nationalisation de grandes entreprises. Or, les débats sur le poids du secteur public dans l’économie ont disparu de la scène politique depuis presque quarante ans, durant lesquels les privatisations se sont succédé. En tant que conseiller auprès du secrétaire d’État à l’extension du service public, l’économiste François Morin a vécu les nationalisations bancaires et industrielles de 1981 de l’intérieur. C’est cet épisode vite oublié, y compris à gauche, qu’il raconte dans « Quand la gauche essayait encore ». À l’heure où s’annonce un grand retour de l’État dans l’économie, nous nous sommes entretenus avec lui sur la mise en œuvre et les limites des nationalisations de l’époque et les leçons à en tirer pour aujourd’hui. Retranscription par Dany Meyniel.

LVSL – Vous débutez votre ouvrage par le récit des nationalisations. La première chose qui vous frappe est l’impréparation des gouvernants de l’époque, alors même que le sujet était central pour la gauche dès le programme commun approuvé en 1972. Comment expliquer cette situation ?

François Morin – Le programme commun, signé en 1972, avait quand même tracé les grandes lignes des objectifs de nationalisation. Pendant neuf ans, jusqu’en 1981, il

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Congrès du SPD : dernière chance pour la social-démocratie ?

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Norbert Walter-Borjans et Saskia Esken, le nouveau binôme à la tête du SPD ©Olaf Kosinsky

Mirage ou véritable oasis progressiste dans le long désert de la social-démocratie allemande ? La victoire de l’aile gauche du SPD au sein du parti pourrait déstabiliser l’inamovible chancelière Angela Merkel et sa grande coalition. A moins que les grands discours ne vaillent que le temps que sèche l’encre qui aura servi à les écrire…

La troisième grande coalition entre les conservateurs de la CDU et les sociaux-démocrates du SPD pourrait bien être la dernière. Ces alliances entre les deux grands Volkspartei de centre-droit et de centre-gauche ont constitué le ciment de plus de 15 ans de règne d’Angela Merkel. Elles ont aussi vidé le SPD de sa capacité à représenter une alternative, ce qui s’est traduit par un effondrement de 35% à 20% des voix entre 2005 et 2017. C’est pour tenter de mettre fin à cette longue et désespérante agonie que les adhérents du SPD ont élu un bînome de direction plus à gauche et contre l’establishment du parti.

Le premier choc remonte au 26 mai 2019 : le SPD obtient moins de 16 % des voix aux élections européennes et son score est quasiment divisé par deux par

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Enfin une alternative politique en Irlande ?

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La présidente du Sinn Féin Mary Lou McDonald (deuxième en partant de la gauche) entourée de membres de son parti. ©Sinn Féin

L’Irlande vient de vivre un séisme politique. Le Sinn Féin, parti de gauche qui défend l’unification avec l’Irlande du Nord, a devancé les deux partis de droite traditionnels, le Fine Gael et le Fianna Fáil. Ce résultat, inédit dans l’histoire politique de l’Irlande depuis son indépendance en 1920, est la conséquence des luttes menées ces dernières années contre les politiques d’austérité et pour la conquête du droit à l’avortement et au mariage homosexuel. Texte originel de Ronan Burtenshaw pour Jacobin, traduit par Florian Lavassiere et édité par William Bouchardon.

Le weekend électoral des 8 et 9 février marquera l’histoire irlandaise. Pendant près d’un siècle, la vie politique de l’île a été dominé par le duopole des partis de droite Fianna Fáil et Fine Gael. Récemment encore, en 2007, ces deux partis concentraient 68.9% des votes. Ce weekend, ce chiffre est tombé à 43.1%. Sinn Féin, parti de gauche favorable à l’unification de l’Irlande, a remporté l’élection avec 24.5% du vote populaire. Il aurait pu être le parti majoritaire de l’assemblée s’il avait été en mesure de présenter plus de candidats (les élections législatives irlandaises fonctionnent selon un système de vote préférentiel qui

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La Thuringe et le chaos à venir

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Les élections en Thuringe ont sonné un lourd revers pour l’hégémonie de la CDU d’Angela Merkel et le consensus allemand© Sven Mandel

Le 27 octobre 2019 se sont tenues les élections législatives du Land de Thuringe. Ces élections dans l’un des Land les moins peuplés d’Allemagne (2,1 millions d’habitants, à peine 2,5 % de la population allemande) auraient pu passer inaperçues. Pourtant elles pourraient aussi bien être annonciatrices d’un bouleversement de la scène politique allemande et de la fin de l’hégémonie de la CDU d’Angela Merkel.

Patience et persévérance de Die Linke

En 2014, les élections en Thuringe marquaient un tournant dans la politique allemande. Depuis 1990, ce Land était en effet dirigé par la CDU, l’Union Chrétienne-Démocrate de la chancelière Angela Merkel, et était vu comme l’un de ses bastions. Pourtant en 2009 la CDU a perdu la majorité absolue mais les sociaux-démocrates du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands) avaient néanmoins préféré former une alliance avec les chrétiens démocrates plutôt qu’avec la gauche radicale de Die Linke. Retournement de situation en 2014 : le SPD atteint un score historiquement bas avec 12,4 % des voix et s’allie avec Die Linke et les Verts pour créer une coalition dite Rot-Rot-Grün (rouge-rouge-verte, en référence aux couleurs des partis qui les composent).

Politiquement, ce retournement marque une rupture dans l’histoire de l’Allemagne réunifiée. Alors que des coalitions Rot-Rot-Grün auraient

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“La population est en avance sur les politiques” – Entretien avec Esther Benbassa

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credits : Jean-Christophe Attias

Esther Benbassa est sénatrice de Paris et membre d’Europe Écologie Les Verts. Sa personnalité détonne dans le paysage politique français : première titulaire femme et laïque de la chaire d’histoire du judaïsme moderne à l’École pratique des hautes études, Esther Benbassa est aussi tri-nationale franco-turco-israélienne. Elle s’est fait remarquer en se plaçant en première ligne sur de nombreux sujets “sociétaux” comme la PMA ou la légalisation du cannabis, le droit de vote des étrangers, le délit de solidarité, les réfugiés climatiques mais aussi par son implication lors du mouvement des Gilets jaunes. Alors que EELV vient de réaliser de bons résultats aux élections européennes (13,5%), la question de l’évolution de son positionnement idéologique et de sa stratégie est en débat. Entretien réalisé par Maximilien Dardel, retranscription Loïc Renaudier.

 

LVSL – Parmi vos faits politiques notables, vous avez été la première à déposer une proposition de loi pour la légalisation d’un usage contrôlé du cannabis, alors même qu’il y a un énorme tabou politique en France sur ce sujet. On a l’impression que dans la société, cette idée gagne beaucoup de terrain et est même aujourd’hui majoritaire. Comment s’explique ce paradoxe ? 

Esther Benbassa – Je pense que la population est en avance sur

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