L’emploi garanti, solution au chômage de masse ?

Affiche de mai 1968.

Alors que le chômage a fortement augmenté au cours des derniers mois, le gouvernement espère que les 10 milliards de baisse d’impôts du plan de relance suffiront à résoudre ce problème. Mais après des décennies d’échec des politiques de l’offre, n’est-il pas temps d’essayer une autre stratégie contre le chômage de masse ? Certains économistes proposent ainsi d’instaurer une « garantie à l’emploi », c’est-à-dire d’employer tous les chômeurs volontaires dans des projets définis localement. De quoi s’agit-il concrètement et quelles conséquences auraient un tel dispositif ? Réponse en quelques questions. Une première version de cet article est parue sur le site du magazine Socialter.

Depuis le début de la crise sanitaire, la France compte environ 580.000 chômeurs de plus, portant le nombre de personnes sans aucune activité à plus de 4 millions. Et la situation pourrait encore s’aggraver alors que les jeunes en fin d’étude peinent à trouver un emploi et que les plans sociaux s’accumulent dans de nombreux secteurs. Or, si le confinement a permis de sauver des vies, le chômage supplémentaire qu’il a engendré causera aussi une hécatombe, certes plus discrète : avant cette année, le nombre de décès liés au chômage s’élevait déjà entre 10.000 et 14.000

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Faut-il défendre le revenu universel ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_de_base#/media/File:Basic_Income_Performance_in_Bern,_Oct_2013.jpg
Manifestation en faveur du revenu universel à Berne en 2013 dans le cadre d’une campagne de votation nationale en Suisse. © Stefan Bohrer / Wikimedia

Parmi les nombreux débats agitant les formations politiques, celui sur le revenu universel est devenu incontournable ces dernières années, alors même que son caractère utopiste n’a cessé d’être mis en avant comme motif de rejet. L’idée a cependant fait son nid au sein de programmes politiques de droite et de gauche un peu partout dans le monde, alors que se multiplient les études à petite échelle organisées par les gouvernements en lien avec des think-tanks, des économistes et des scientifiques de toutes sortes. Ce regain d’intérêt pour une idée vieille de plusieurs siècles ne se comprend qu’au regard des défis socio-économiques titanesques que connaissent les pays dits développés depuis la crise de 2008 : accroissement constant des inégalités, développement du temps partiel, de l’intérim, des stages et de l’auto-entrepreneuriat, inquiétudes liées à la robotisation…

 

Popularisé en France par la campagne présidentielle de Benoît Hamon, le revenu universel prétend répondre à ces grandes questions tout en simplifiant le fonctionnement bureaucratique de la protection sociale. Il s’agit par exemple de remplacer le minimum vieillesse (débutant aujourd’hui à 634,66€ par mois), le RSA socle (545,48€ par mois sans enfant ni aide au logement), les bourses étudiantes, ou encore les

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Nous assistons à l’émergence d’un populisme néolibéral – Entretien avec Jorge Moruno

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:2014.11.17_Emmanuel_Macron_Ministre_de_l_economie_de_lindustrie_et_du_numerique_at_Bercy_for_Global_Entrepreneurship_Week_(7eme_CAE_conference_annuelle_des_entrepreneurs).JPG
Macron © Copyleft

Jorge Moruno, 34 ans, est sociologue du travail. Il est aussi l’ancien responsable à l’argumentation de Podemos et figure parmi les initiateurs du mouvement. Dans son dernier ouvrage, La Fábrica del emprendedor [La Fabrique de l’entrepreneur], Jorge Moruno analyse avec précision la centralité acquise par la figure de l’entrepreneur dans nos sociétés et s’érige contre le “totalitarisme de l’entreprise-monde”. Dans la première partie de cet entretien réalisé à Madrid, nous l’avons interrogé sur cette figure de l’entrepreneur, sur notre rapport au travail, le revenu universel, les ressorts de l’hégémonie du néolibéralisme et l’émergence d’un “populisme néolibéral” dont Emmanuel Macron est l’un des principaux avatars.  

LVSL : Vous êtes l’auteur de La Fábrica del emprendedor [La fabrique de l’entrepreneur]. En quoi la figure de l’entrepreneur est-elle à vos yeux devenue centrale dans nos sociétés ?

La figure de l’entrepreneur acquiert un rôle majeur dans la sphère publique depuis que la crise économique de 2008 a mis en évidence la difficulté d’intégrer socialement la population par le mécanisme du travail salarié. Comme il est désormais plus difficile de garantir un volume de travail suffisant et ininterrompu pour la majorité de la population, on voit apparaître cette injonction à

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Benoît Hamon ou la faillite de la gauche Terra Nova

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Benoit Hamon lors du lancement du M1717 ©Ulysse Guttmann-Faure pour LVSL

On accusera volontiers l’auteur de ces lignes de tirer sur l’ambulance. Néanmoins, la déconfiture actuelle du candidat du PS nous oblige à ne pas passer à côté de ce qui se jouera au soir du 1er tour, lorsque le score de Benoît Hamon apparaîtra sur nos écrans.

Le moment de gloire de l’aile gauche du PS tendance Mouvement des Jeunes Socialistes fut donc court. Alors que les soutiens de Benoît Hamon pavoisaient le soir de leur victoire lors des primaires, ceux-ci ne s’étaient pas rendu compte que leur candidat n’avait été qu’un outil de l’électorat de gauche pour mettre en pièce Manuel Valls. Ils oubliaient en outre que la faible participation et la répartition spatiale du vote, fortement concentré dans les grandes villes – environ 50% des votes du second tour se sont concentrés dans des territoires qui représentent 25% de la population, territoires les plus riches et les plus éduqués – montrait à l’évidence que le résultat des primaires ne valait pas onction populaire.

Si donc, le revenu universel, le « 49-3 citoyen » et la légalisation du cannabis étaient des propositions fortes et pertinentes pour remporter un congrès du PS ou une primaire centrée sur

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Le revenu universel et son monde

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Affiches_Benoit_Hamon_recouvre_Fillon.jpg
©Chris93

Les déclarations récentes de B. Hamon au sujet du revenu universel ont permis de reposer la question du travail et de la place qu’il occupe dans notre société. Face aux discours omniprésents consacrés à la défense de la valeur travail, il semble sain de relativiser son importance et de se donner les moyens d’imaginer une société dans laquelle le travail ne constituerait plus l’horizon de l’existence humaine. Tel est le point de départ « idéologique » des défenseurs – les plus progressistes – du revenu universel.

Je suis moi aussi philosophiquement attaché à la société du travail. Je pense qu’on peut s’y épanouir, y trouver une utilité. Mais j’observe aussi que des gens aspirent à moins travailler, car le travail les broie. Je suis frappé de constater que cette idéologie du travail est portée par des gens qui appartiennent à des catégories plutôt heureuses d’aller travailler et qui n’ont qu’une connaissance très lointaine de la réalité du travail, quand celui-ci est difficile, quand on en tire un revenu qui ne donne pas de quoi vivre, quand il ne permet pas de consacrer du temps à ses enfants…

Benoît Hamon, Janvier 2017

On ne peut revenir ici sur l’histoire

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